Vous est-il déjà arrivé d’avoir très peur de perdre quelqu’un alors même que rien ne semblait indiquer que cette personne allait partir ?
Un message sans réponse.
Une personne qui semble soudainement plus distante.
Un changement de comportement.
Une dispute.
Et immédiatement, quelque chose s’active en vous.
Vous commencez à vous poser mille questions. Vous analysez les messages, les mots, les silences. Vous vous demandez si vous avez fait quelque chose de mal. Vous ressentez le besoin d’être rassuré, parfois jusqu’à avoir l’impression de perdre le contrôle de vos émotions.
Derrière ces réactions peut parfois se cacher une peur de l’abandon.
Et c’est un sujet qui me touche particulièrement parce que j’ai moi-même dû travailler sur certaines de mes blessures relationnelles.
J’ai notamment compris au cours de mon propre cheminement à quel point le rejet ou la distance de quelqu’un pouvait venir réveiller quelque chose de beaucoup plus profond : cette impression de ne pas être assez, de devoir être choisie pour me sentir suffisamment importante ou de remettre ma propre valeur en question lorsque quelqu’un s’éloignait.
Avec le recul, j’ai compris quelque chose qui me semble essentiel aujourd’hui : le fait qu’une personne ne nous choisisse pas ne signifie pas que nous n’avons pas de valeur.
Et surtout, l’attachement que nous ressentons envers quelqu’un ne signifie pas nécessairement que cette personne nous correspond.
Je suis Candice Devin, psychopraticienne à Chambéry, spécialisée dans l’accompagnement émotionnel et corporel. Dans cet article, je vous propose de comprendre ce qu’est réellement la peur de l’abandon, d’où elle peut venir, comment elle peut influencer vos relations et pourquoi certaines situations apparemment anodines peuvent provoquer une réaction émotionnelle aussi intense.
1. Qu’est-ce que la peur de l’abandon ?
La peur de l’abandon correspond à une crainte importante d’être quitté, rejeté, oublié ou remplacé par une personne à laquelle nous sommes attachés.
Elle peut apparaître dans une relation amoureuse, mais également dans les relations amicales, familiales ou dans d’autres liens affectifs importants.
Chez certaines personnes, elle reste relativement discrète.
Chez d’autres, elle peut prendre la forme d’une véritable angoisse d’abandon.
Un simple changement dans le comportement de l’autre peut alors déclencher une peur intense.
« Pourquoi ne me répond-il pas ? »
« Est-ce qu’elle m’en veut ? »
« Est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre ? »
« Est-ce qu’on va me quitter ? »
« Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? »
Ce qui est intéressant, c’est que la réaction ressentie peut être beaucoup plus importante que ce qui se passe réellement dans le présent.
Vous savez rationnellement qu’une personne peut ne pas répondre pendant quelques heures.
Mais émotionnellement, son silence peut déclencher une angoisse profonde.
Votre corps se tend.
Votre ventre se noue.
Vous ressentez de l’anxiété.
Vous avez besoin d’une réponse immédiatement pour retrouver un sentiment de sécurité.
Dans certaines situations, on peut également parler d’angoisse de séparation ou d’anxiété de séparation, même si ces notions ont leurs propres définitions cliniques et ne doivent pas être automatiquement confondues avec la peur de l’abandon.
La peur de l’abandon n’est d’ailleurs pas un diagnostic en elle-même.
Nous pouvons tous ressentir des peurs lorsque nous sommes attachés à quelqu’un.
Ce qui devient intéressant à observer, c’est la place que cette peur prend dans votre vie et la manière dont elle influence vos comportements et vos relations.
2. D’où vient la peur de l’abandon ?

Il n’existe pas une seule origine à la peur de l’abandon.
Notre manière de vivre nos relations se construit progressivement à partir de nombreuses expériences : notre enfance, nos premiers liens affectifs, nos relations passées, les séparations que nous avons vécues, mais aussi la manière dont nous avons appris à nous percevoir.
Une séparation importante, un parent émotionnellement peu disponible, des relations instables, des ruptures répétées, un rejet ou encore une trahison peuvent, chez certaines personnes, participer à construire une insécurité relationnelle.
Parfois, il peut y avoir eu un événement particulièrement traumatique ou un traumatisme.
Mais ce n’est pas systématique.
Il peut aussi s’agir d’une accumulation de petites expériences.
Par exemple, si vous avez régulièrement eu l’impression que l’amour ou l’attention des autres pouvaient disparaître, vous pouvez progressivement apprendre à surveiller les moindres signes d’éloignement.
Votre cerveau cherche alors à vous protéger.
Et certains mécanismes peuvent devenir tellement automatiques qu’ils donnent l’impression d’agir depuis notre inconscient.
Personnellement, j’ai pu observer quelque chose de ce type dans mon propre parcours.
Certaines situations relationnelles pouvaient réveiller très rapidement chez moi cette sensation de ne pas être « assez ».
Et lorsque cette croyance s’active, nous ne voyons plus forcément la situation telle qu’elle est.
Nous la voyons à travers notre blessure.
Quelqu’un prend de la distance ?
« Je ne suis pas assez intéressante. »
Quelqu’un choisit une autre personne ?
« Elle a quelque chose que je n’ai pas. »
Une relation se termine ?
« J’aurais dû être différente. »
Et parfois apparaît même de la culpabilité :
« Si j’avais fait autrement, cette personne serait peut-être restée. »
C’est précisément là que le travail sur soi m’a permis de faire une distinction fondamentale.
Le rejet n’est pas toujours une preuve que vous n’êtes pas assez.
Une personne peut ne pas vous choisir parce que vous n’êtes tout simplement pas compatibles.
Et surtout : être très attaché à quelqu’un ne signifie pas forcément que cette relation est bonne pour vous.
C’est une notion que j’aime aujourd’hui transmettre dans mes accompagnements, parce qu’elle permet de déplacer progressivement la question de :
« Comment faire pour que cette personne ne m’abandonne pas ? »
vers :
« Est-ce que cette relation me convient réellement ? »
3. La peur de l’abandon influence-t-elle vos relations ?
Lorsque la peur de l’abandon est très présente, nous pouvons mettre en place des comportements destinés à éviter exactement ce que nous redoutons.
Et c’est là qu’un véritable cercle vicieux peut s’installer.

Vous avez peur que l’autre s’éloigne.
Vous recherchez davantage de signes de réassurance.
Vous analysez ses comportements.
Vous avez besoin de savoir ce qu’il ressent.
La moindre distance provoque de l’angoisse.
Vous cherchez alors encore davantage à vous rassurer.
Chez certaines personnes, cela peut se traduire par une recherche constante de proximité.
Chez d’autres, c’est exactement l’inverse.
Vous pouvez tellement avoir peur d’être abandonné que vous préférez ne pas vous attacher.
Vous partez avant que l’autre puisse partir.
Vous évitez de montrer vos sentiments.
Vous choisissez des personnes émotionnellement indisponibles.
Ou vous mettez fin à une relation dès qu’elle devient sérieuse.
Cela peut devenir un comportement d’évitement destiné à vous protéger d’une souffrance potentielle.
À force, certaines conduites d’évitement peuvent pourtant renforcer ce que vous redoutez : vous n’expérimentez jamais suffisamment une relation sécurisante pour remettre votre peur en question.
C’est aussi pour cela que travailler uniquement sur les comportements ne suffit pas toujours.
Il peut être nécessaire de regarder ce qu’ils cherchent à protéger.
Dans mes accompagnements en tant que psychopraticienne à Chambéry, je m’intéresse beaucoup à cette dimension émotionnelle.
Lorsque vous ressentez une peur très forte à l’idée que quelqu’un parte, nous pouvons par exemple chercher à comprendre :
Qu’est-ce que cette situation vient réveiller en vous ?
Quelle histoire vous racontez-vous lorsque l’autre s’éloigne ?
Qu’avez-vous peur que son départ dise de vous ?
Est-ce la personne que vous avez peur de perdre, ou ce que sa présence vous permet de ressentir sur vous-même ?
Cette dernière question peut parfois être particulièrement importante.
Parce que derrière la peur de l’abandon, il peut aussi y avoir la peur de se retrouver seul avec soi-même, le besoin d’être rassuré sur sa valeur ou la sensation que l’autre nous apporte quelque chose que nous n’arrivons pas encore à nous apporter intérieurement.
Et c’est justement là que le travail peut devenir beaucoup plus profond.
L’objectif n’est pas de devenir totalement indépendant et de ne plus avoir besoin de personne.
Nous sommes des êtres relationnels.
L’objectif est plutôt de pouvoir aimer et s’attacher sans que notre sécurité intérieure dépende entièrement de la présence de l’autre.
Différentes approches peuvent participer à ce cheminement.
La pleine conscience peut notamment aider à observer une réaction sans immédiatement agir sous son impulsion. L’hypnose peut être utilisée par certains professionnels pour travailler sur des automatismes ou certaines expériences. Une thérapie ou une psychothérapie peut également être indiquée lorsque la souffrance est importante, notamment lorsque les difficultés ont des répercussions majeures sur les relations ou la santé mentale.
Le choix d’un thérapeute ou d’un professionnel adapté dépendra évidemment de votre situation, de vos besoins et de l’intensité de ce que vous traversez.
De mon côté, dans mes accompagnements émotionnels et corporels à Chambéry ou en visio, mon objectif n’est pas de vous apprendre à ne plus jamais avoir peur que quelqu’un parte.
Il est plutôt de vous aider à comprendre pourquoi cette possibilité vient toucher quelque chose d’aussi sensible en vous.
À reconnaître ce qui appartient réellement à la relation actuelle et ce qui vient réveiller une ancienne blessure.
À ne plus automatiquement interpréter le comportement de l’autre comme une mesure de votre propre valeur.
Et, progressivement, à construire davantage de sécurité en vous.
Parce que sortir de la peur de l’abandon, ce n’est pas obtenir la garantie que personne ne vous quittera jamais.
Cette garantie n’existe pas.
C’est pouvoir progressivement intégrer que, même si quelqu’un décide de partir, vous ne vous perdez pas avec lui.