Vous avez tourné la page. Vous avez compris ce qui s’était passé. Parfois, plusieurs années se sont même écoulées. Pourtant, dans certaines situations, votre ventre se noue, votre gorge se serre, votre cœur s’accélère, une tension apparaît ou une émotion vous envahit sans que vous compreniez immédiatement pourquoi.
C’est ce que l’on appelle la mémoire du corps.
Cette idée de mémoire du corps ou de mémoire corporelle mérite cependant d’être nuancée. Notre corps ne conserve pas littéralement nos souvenirs comme le ferait une bibliothèque. En revanche, nos expériences passées, notamment lorsqu’elles ont été associées à du stress, à de la peur ou à une forte charge émotionnelle, peuvent influencer notre manière de réagir dans le présent.
Lorsque l’on parle de mémoire du corps, il s’agit donc davantage de comprendre comment notre organisme, notre cerveau et notre système nerveux ont pu apprendre à réagir à certaines situations au fil de notre histoire.
Le lien entre corps et émotions est d’ailleurs une dimension qui me tient particulièrement à cœur.
Je suis Candice Devin, psychopraticienne à Chambéry, spécialisée dans l’accompagnement émotionnel et corporel. Au fil de ma pratique, j’ai pu constater à quel point nous pouvons parfois avoir compris énormément de choses avec notre tête, sans pour autant réussir à nous libérer complètement de certaines réactions.
C’est aussi ce constat qui m’a amenée à donner une place importante au corps dans mes accompagnements.
Dans cet article, je vais donc vous aider à mieux comprendre ce que l’on appelle la mémoire du corps, pourquoi certaines expériences peuvent encore provoquer des réactions corporelles longtemps après avoir été vécues et pourquoi le système nerveux joue un rôle essentiel dans nos réactions émotionnelles.
1. Mémoire du corps : que signifie vraiment « le corps garde en mémoire ce que l’on a vécu » ?
Lorsque l’on parle de mémoire corporelle, il est facile d’imaginer que nos émotions seraient physiquement « stockées » quelque part dans notre corps.
La réalité est plus complexe.
Pour comprendre pourquoi nous avons parfois l’impression que le corps garde en mémoire ce que l’on a vécu, il faut notamment s’intéresser au fonctionnement de notre cerveau, à nos apprentissages et à notre système nerveux.
Lorsque vous traversez une situation stressante ou menaçante, votre organisme ne reste pas passif.
Votre système nerveux s’adapte.
Votre rythme cardiaque peut augmenter, votre respiration peut s’accélérer, certains muscles peuvent se contracter et votre attention peut devenir beaucoup plus focalisée sur ce qui se passe autour de vous.
Ces réactions corporelles ont une fonction : permettre à votre organisme de s’adapter à ce qu’il perçoit comme important ou potentiellement dangereux.
Une fois la situation terminée, le corps peut progressivement retrouver son équilibre.
Mais certaines expériences peuvent aussi laisser une empreinte dans nos apprentissages émotionnels.
C’est notamment ce mécanisme qui peut nous donner cette sensation de mémoire du corps : notre organisme peut avoir appris à associer certains éléments, certaines sensations ou certaines situations à un danger vécu auparavant.
Votre cerveau apprend en permanence à identifier ce qui est sécurisant et ce qui peut représenter une menace. Ainsi, lorsqu’une situation actuelle ressemble, même indirectement, à une expérience passée difficile, votre organisme peut réagir très rapidement.
C’est ce qui peut expliquer pourquoi une odeur, un lieu, une personne, une manière de parler, un conflit ou même une sensation physique peuvent parfois déclencher une émotion particulièrement forte.
Votre tête peut vous dire :
« Je sais que tout va bien. »
Et pourtant, votre corps semble vous dire :
« Attention, je connais cette sensation. »
C’est notamment à travers ce phénomène que l’on peut comprendre cette impression de mémoire du corps.
Le corps ne raconte pas nécessairement votre passé de manière littérale. Mais votre manière de réagir aujourd’hui peut avoir été influencée par ce que vous avez vécu auparavant.
Et comprendre cette distinction me semble essentiel.
2. Pourquoi les expériences passées peuvent-elles encore provoquer des réactions corporelles ?

Nous pensons parfois qu’une expérience appartient forcément au passé dès lors que nous n’y pensons plus.
Pourtant, ne plus penser consciemment à un événement ne signifie pas nécessairement que celui-ci n’a plus aucune influence sur notre fonctionnement actuel.
C’est particulièrement vrai lorsque certaines expériences passées ont été vécues avec beaucoup de stress, de peur, d’impuissance ou d’insécurité.
Notre cerveau fonctionne notamment par association et par apprentissage.
Lorsqu’un élément a été associé à une situation menaçante, notre organisme peut devenir particulièrement attentif à des éléments qui lui ressemblent.
Cette compréhension permet également de mieux saisir ce que l’on appelle la mémoire du corps : certaines réactions actuelles peuvent être influencées par les apprentissages que notre cerveau et notre système nerveux ont construits à partir de ce que nous avons vécu.
Prenons un exemple simple.
Imaginez que vous ayez vécu plusieurs relations dans lesquelles les conflits se terminaient régulièrement par du rejet, du silence ou une rupture.
Plus tard, dans une nouvelle relation pourtant différente, votre partenaire devient soudainement plus distant pendant quelques heures.
Votre raison peut vous dire :
« Il est simplement occupé. »
Mais votre corps peut réagir autrement.
Votre ventre se noue. Vous ressentez une tension. Votre rythme cardiaque augmente. Vous commencez à analyser chaque message.
Votre réaction actuelle ne vient donc pas nécessairement uniquement de ce qui est en train de se passer.
Elle peut également être influencée par ce que votre cerveau a appris au cours de vos expériences passées.
Cette forme de mémoire du corps peut ainsi nous aider à comprendre pourquoi certaines réactions semblent parfois disproportionnées par rapport à la situation présente : notre organisme ne réagit pas uniquement à ce qui se passe aujourd’hui, mais aussi à ce qu’il a appris auparavant.
C’est précisément pour cela que le lien entre corps et émotions est aussi intéressant à observer.
Dans mes accompagnements en tant que psychopraticienne à Chambéry, je rencontre régulièrement des personnes qui ont déjà énormément réfléchi sur elles-mêmes.
Elles connaissent parfois parfaitement leurs blessures, leur histoire et certains de leurs mécanismes.
Elles peuvent me dire :
« Je sais pourquoi je réagis comme ça. »
Mais juste après :
« Pourtant, je n’arrive pas à empêcher cette réaction. »
Et cette phrase est importante.
Parce que comprendre intellectuellement l’origine d’une réaction est précieux, mais cela ne suffit pas toujours à modifier immédiatement les automatismes qui se sont construits au fil du temps.
C’est notamment là que l’accompagnement émotionnel et corporel peut apporter une autre dimension au travail sur soi.
3. Quand le corps réagit avant même que vous compreniez pourquoi
L’une des choses qui m’intéressent particulièrement dans le lien entre corps et émotions, c’est la rapidité avec laquelle certaines réactions peuvent apparaître.
Vous entrez dans une pièce et vous vous sentez soudainement mal à l’aise.
Quelqu’un vous fait une remarque et votre gorge se noue immédiatement.
Vous recevez un message et votre ventre se serre.
Vous vous retrouvez dans une situation particulière et votre cœur commence à battre plus rapidement.
Puis, seulement après, vous commencez à réfléchir :
« Pourquoi est-ce que je réagis comme ça ? »
Ce sont parfois ces expériences qui donnent l’impression que le corps garde en mémoire ce que l’on a vécu.
Et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la notion de mémoire du corps peut être intéressante : elle permet de mettre des mots sur cette impression que notre organisme réagit parfois avant même que nous ayons consciemment compris ce qui nous touche.
Certaines réactions corporelles peuvent en effet se déclencher très rapidement, avant même que nous ayons complètement analysé consciemment la situation.
Notre système nerveux analyse en permanence de nombreuses informations provenant de notre environnement et de notre corps.
Et nos expériences précédentes participent à la manière dont nous interprétons certaines situations.
Cela peut être particulièrement visible après un événement traumatique, mais il ne faut pas réduire la mémoire corporelle uniquement aux traumatismes majeurs.
Notre fonctionnement peut également être influencé par une accumulation d’expériences : avoir grandi dans un environnement imprévisible, avoir vécu des conflits répétés, ne pas s’être senti suffisamment écouté ou soutenu, avoir connu plusieurs relations insécurisantes ou avoir traversé certaines périodes de stress intense.
Toutes ces expériences peuvent participer à nos apprentissages émotionnels et contribuer à ce que l’on décrit parfois comme la mémoire du corps.
C’est une notion que je trouve particulièrement importante dans ma pratique, car elle permet de ne pas considérer le corps comme un ennemi qu’il faudrait absolument faire taire.
Lorsqu’une personne que j’accompagne ressent une tension, une boule dans la gorge, une oppression ou une autre sensation, mon objectif n’est pas de lui dire automatiquement : « Cette sensation signifie que vous avez vécu telle chose. »
Je trouve cette interprétation trop réductrice.
Je préfère que nous cherchions ensemble à observer ce qui se passe : dans quelles situations cette réaction apparaît-elle ? Que ressentez-vous ? Qu’est-ce que cette situation vient réactiver chez vous ? De quoi auriez-vous besoin pour retrouver davantage de sécurité ?
C’est cette vision qui guide mon travail d’accompagnement émotionnel et corporel.
Dans mon cabinet de psychopraticienne à Chambéry, comme lors de mes accompagnements en visio, j’accorde donc une place à la parole, mais également aux sensations et aux réactions du corps.
Travailler autour de la mémoire du corps ne signifie donc pas chercher une explication émotionnelle derrière chaque douleur ou chaque symptôme. Il s’agit plutôt d’être attentif à la manière dont notre histoire, nos émotions, nos pensées et notre système nerveux peuvent parfois interagir.
L’objectif n’est pas de chercher systématiquement un traumatisme caché derrière chaque symptôme ni de considérer que toutes les douleurs ont une origine émotionnelle.
Il s’agit plutôt de comprendre la personne dans son ensemble : son histoire, ses émotions, ses pensées, ses comportements, mais également ce qui se manifeste dans son corps.
Car parfois, nous savons déjà énormément de choses sur nous-mêmes.
Nous avons analysé notre histoire.
Nous avons compris nos blessures.
Nous savons même exactement pourquoi certaines situations nous touchent.
Et pourtant, notre corps continue à réagir.
C’est justement dans ces moments-là qu’il peut être intéressant de ne plus travailler uniquement sur la question :
« Pourquoi est-ce que je ressens cela ? »
Mais également :
« Qu’est-ce qui se passe en moi lorsque je le ressens, et comment puis-je progressivement retrouver davantage de sécurité ? »

Mieux comprendre la mémoire du corps peut alors permettre de porter un autre regard sur certaines de nos réactions : non pas comme quelque chose qu’il faudrait absolument contrôler ou supprimer, mais comme une information à observer et à comprendre.
C’est cette complémentarité entre compréhension, émotions, corps et système nerveux qui occupe une place centrale dans ma manière d’accompagner les personnes que je reçois à Chambéry et en visio.